Chapitre 29 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Le lit entier est froid. Je ne l’ai pas vraiment quitté cette nuit. J’ai passé des heures les yeux ouverts dans le noir, à écouter la respiration du bâtiment, les craquements du bois, l’eau dans les tuyaux, le vent qui s’engouffre sous l’auvent. Des sons qui ne me concernent pas. À un moment, j’ai fermé les yeux. L’aube m’a retrouvée là.
Je n’allume pas l’interface. Pas encore. Je m’habille dans le noir, le geste des jours ordinaires. Tuniques, sandales. Je sors sans manteau. La lumière qui commence est froide, blanche, sans nuance. Pas de brume ce matin. Le sentier vers la rotonde est sec, les pierres plates encore sombres de la nuit.
Imah est là. Elle est assise contre le mur, les genoux remontés, la tête appuyée en arrière sur la pierre. Elle n’a pas dormi. Elle lève les yeux quand elle entend mes pas, mais elle ne se lève pas. Elle me laisse entrer.
Ankhe est allongé. Quelqu’un l’a étendu pendant la nuit, les bras le long du corps, la tête posée sur un pli de manteau. Ce n’est plus la même position que quand je l’ai quitté hier soir. Je m’arrête une seconde sur ce décalage. Ses doigts bougent, imperceptiblement, un frémissement lent qui va et vient sans rythme reconnaissable. Ses yeux sont ouverts sur le plafond de pierre. Il respire, régulier, lent, profond même. Un souffle de dormeur, mais ses yeux ouverts. Je m’assieds à côté de lui. Le coussin est dur. Je plie la jambe et m’assieds dessus, je pose les bras sur les genoux, je reste comme ça.
— Je suis là, lui dis-je.
Ma voix ne résonne pas. La rotonde absorbe tout. Les cristaux dans les encoches pulsent à fréquence basse, douce, régulière. Rien ne répond. Sa poitrine se soulève et se rabaisse. Je pose ma tête sur son épaule. Son cou sent encore sa transpiration de la veille, le tissu de la tunique caramel est froissé contre ma joue. Je reste là. Je ne cherche rien. Je n’attends rien. Je l’écoute respirer. Imah ne dit rien non plus, depuis le seuil. Elle nous regarde ou elle regarde ailleurs, je ne sais pas. La lumière du matin entre par le rectangle de la porte et avance lentement sur le sol.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.