Chapitre 9 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Je me réveille avec le goût du métal dans la bouche. Pas de transition. Pas de brouillard progressif. Juste le plafond blanc et la conscience immédiate que quelque chose a changé. Les draps sont humides et froissés autour de moi. Lucky est couché contre mes jambes et son poids familier sur le lit me rassure quelque peu. Il ne m’a pas entendu me réveiller et émet des petits couinements réguliers. Il est en plein rêve. Dehors, la mer, le vent, les goélands, le monde continue. J’attends. C’est ce qu’on fait, au début. On attend que ça revienne, on garde les yeux ouverts pour ne pas effrayer ce qui pourrait venir. Mais là, rien. Je ferme les yeux et prends une grande inspiration. Je cherche la spirale dans ce mouvement intérieur que j’ai appris à reconnaître, cette traction douce vers quelque chose de plus grand que moi. Il n’y a que le silence. Compact et opaque. Un silence qui ne promet rien. Je suppose que c’est la fatigue. Ou le contrecoup de la veille. La brèche, sa pulsation, ce que Liy m’a dit sur le tronc couché. Tu n’as pas créé la brèche. Tu la révèles. Des mots que j’ai portés jusqu’au sommeil. Normal d’être à plat. Je m’assieds en tailleur sur le lit. Dos droit. Mains sur les genoux. Je prends le temps de stabiliser ma respiration. Je visualise la spirale, comme Ankhe me l’a enseigné. Partir du centre, laisser le mouvement s’élargir, ne pas forcer. Je tiens ça plusieurs minutes. Peut-être dix. Peut-être vingt. Le temps se dissout.
Il n’y a personne.
Pas d’écho, pas de murmure, pas même cette impression vague de présence que j’ai parfois au seuil de la méditation, avant que ça s’ouvre vraiment. Cette fois, rien. Je recommence. Puis encore. Chaque tentative identique à la précédente. À un moment, Lucky lève la tête, me regarde avec ce calme particulier qu’il a quand il sent que je m’agite sans raison visible, puis repose le menton sur ses pattes. Je m’allonge sur le dos. Le plafond, toujours. Une légère humidité dans l’air, le bois qui travaille et les draps qui puent. Je me rappelle la dernière chose que j’ai remarquée avant de sortir de la méditation. Que la brèche s’intensifiait quand je m’approchais, se stabilisait quand je reculais. Je n’en ai rien dit à Liy. Encore moins à Ishen. Je ne savais pas encore pourquoi je m’étais tu. Maintenant, allongé dans la lumière blafarde du matin, je cherche une explication raisonnable.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.