Chapitre 3 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
Image générée par IA
Ça fait six semaines que je suis revenu. Je n’ai pas pu tout vendre avant de partir mais presque. J’ai loué un garde-meuble rue Vanderkindere pour ce que je ne savais pas encore abandonner. Les livres, quelques meubles auxquels je tiens sans vraiment savoir pourquoi, une caisse de photos, des fringues d’hiver. Le reste est parti. L’appartement, les clés, le bail résilié. J’ai même revendu ma voiture et mon vélo. Je n’en ai pas besoin ici. J’ai démissionné aussi. Ce matin-là, j’avais ouvert ma messagerie comme d’habitude. Un email de Thomas avec une note à retrouver, urgente, pour hier. Exactement le même type de demande qu’à mon retour de congé maladie. Je l’ai lu deux fois. J’ai regardé mon écran. J’ai pensé au rocher. J’ai fermé l’ordinateur, pris mon manteau et je suis sorti sans rien dire à personne. Le soir même, j’ai écrit un email de trois lignes à François pour signifier ma démission avec effet immédiat. Il n’a pas pris la peine de répondre.
Ici, je vis avec peu. Le bungalow est meublé, je n’avais qu’à poser mon sac. Quelques vêtements, les affaires de Lucky, l’ordinateur, le téléphone. Un carnet. Un stylo. Ce que j’avais mis dans ce carnet le premier soir — Anqué Terque. Clan des Breuvelles. Lalare. 2090 — je le relis parfois le matin avant de descendre vers la plage. Pas pour me convaincre que c’est réel. Juste pour me rappeler que je n’ai pas rêvé. J’aurais pu essayer ailleurs. Une autre plage, un autre pays, n’importe quel endroit calme avec un caillou suffisamment plat pour s’asseoir en tailleur. Mais la connexion avec le clan des Brevelles n’avait fonctionné que là, sur ce rocher précis, dans cette lumière précise, avec ce ressac en fond. Je ne sais pas si c’est le lieu ou moi qui avais changé. Je ne voulais pas prendre le risque de le savoir.
Le vieil homme n’est plus là. Quand je suis revenu, j’ai demandé à la réception. Ils se souvenaient de lui : petit, trapu, toujours le même short olive. Parti la même semaine que celle de mon retour pour Bruxelles, ils m’ont dit. Il avait réglé sa note sans prévenir. Pas de nom dans le registre, juste une adresse email qu’ils n’étaient pas autorisés à me divulguer. Je suis resté un moment à regarder l’entrée du bungalow qu’il occupait. Fermé à clé. Déjà reloué. Je n’y pense plus, ou presque. Mais presque chaque matin, quand j’arrive devant mon rocher, je repense à lui. Rien de dramatique. Juste l’impression d’un fil laissé en suspens.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.