Chapitre 3 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Cela fait des semaines que ma vie a pris une tangente insaisissable. Depuis ce premier contact, si irréel, si inattendu, une brèche s’est ouverte en moi. J’ignore par quel fil les événements se sont noués, mais aujourd’hui, je peux dire avec certitude que cette voix m’a entraîné au-delà l’imaginable. Plus de retour en arrière possible désormais. Je reste pourtant assis sur mon rocher, les yeux clos, immobile. Tout se joue ailleurs. Il me suffit de retrouver le souffle régulier de ma méditation et alors, au milieu du silence, leurs mots surgissent. Pas une lecture, pas une invention de mon esprit fatigué mais une résonance. Quelque chose qui me traverse et que je ressens plus que je ne comprends. Dans ces instants, je perçois des échos de chaleur, de pensées qui se posent sur moi comme une pluie fine. Mon corps reste ici mais ma conscience s’étire, frôle les contours d’un espace qui n’appartient pas à ce monde. Les voix m’ont guidé pas à pas, elles m’ont montré comment transcender les barrières de mon esprit limité par la matière. Le chemin fut pourtant plus que chaotique. Au début, la connexion se brouillait, tout devenait confus, et j’avais la sensation de me perdre entre deux rives. J’ai longtemps douté. Il m’a fallu du temps pour accepter que ce n’était ni un rêve, ni une illusion. Une part de moi restait incrédule et se demandait si je n’étais pas en train de sombrer dans une certaine folie. Mais chaque fois que les voix revenaient, elles dissipaient un peu plus mes craintes. Peu à peu, la clarté s’est imposée et m’a forcé à admettre que ce dialogue n’était pas un leurre, mais bien une ouverture vers un ailleurs.
À la fin de ma longue période de congés, quand je suis rentré et ai repris le travail, quelque chose s’était irrémédiablement brisé en moi. Ce que je considérais naguère comme normal, comme la trame même de mon existence, m’était soudain devenu insupportable. Chaque minute passée dans ce bureau, devant ces dossiers poussiéreux, à accomplir des tâches répétitives et dénuées de sens, se transformait en lente agonie. Le cliquetis obstiné des claviers, les sonneries stridentes des téléphones, le vrombissement lourd de la climatisation m’écrasaient les oreilles. Les conversations anodines échangées à la machine à café, dont je connaissais chaque variation, me paraissaient désormais fades, vidées de toute substance. Mes collègues se perdaient dans les tracas qu’ils avaient eux-mêmes enfantés, les promotions chimériques qu’ils espéraient, les rancunes larvées de leurs relations, ou encore les projets de vacances qu’ils ne réaliseraient jamais. Mon esprit, encore imprégné de la sérénité du rocher, ne parvenait plus à se suspendre à ces préoccupations superficielles. Tout avait perdu de sa saveur. Même les plaisirs simples, tels qu’une lecture ou une promenade avec mon chien, n’étaient plus que des gestes vides, spectres d’une vie dont la trame s’était dénouée.
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La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.