Chapitre 1 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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— William ?
Je me réveille en sursaut. Le noir complet. Je suis dans mon lit, allongé sur le dos et mon corps réclame encore le sommeil. Une voix a forcé le réveil. Mon prénom, dit de-puis l’intérieur du crâne, juste au niveau de la nuque. Je reste allongé sur le dos sans bouger, les bras le long du corps, à écouter le silence. Il n’y a rien. Je cherche l’interrupteur de la lampe de chevet à tâtons. La lumière me rabat les paupières. Ma chambre est la même qu’hier soir. Pourtant la lampe de chevet projette des ombres étranges sur les murs, des formes que j’ai du mal à reconnaître. Il n’y avait pas d’urgence dans le ton de cette voix. Juste une importance que je n’arrive pas à nommer. Je me frotte les tempes. Elle est encore là, logée derrière la nuque. Mon rêve me revient par salves d’images. Une histoire de voiture et de forêt la nuit. Rien à voir. Je regarde l’heure. 4h50. Mon chien s’enfonce un peu plus sous la couette et pousse un soupir profond. Lui n’a rien entendu. Je me lève. Le froid d’octobre me saisit aux chevilles dès que mes pieds touchent le parquet. Je n’allume pas dans le couloir. Je connais chaque marche par cœur. Ça fait com-bien de temps que je me lève avant l’aube sans vraiment savoir pourquoi ? Je ne compte plus. J’enfile un jogging, un sweat, je descends. La cuisine sent le rien, comme tou-jours à cette heure. Je glisse une capsule dans la machine à café et j’appuie sur le bouton. Témoin rouge. Plus d’eau. Je remplis le réservoir, je recommence. Ces petits ratés du matin, je les connais tous. Ils font partie du rituel. J’attrape la tasse rouge sur le bord de l’évier. Je la serre dans ma main un instant, sans raison, comme on serre un objet familier quand rien d’autre n’est stable. La machine démarre. Son ronronnement s’amplifie au fur et à mesure que le café s’écoule. Puis, l’odeur arrive. Acide, boisée. Je la bois trop vite, debout, sans goûter. J’en fais un deuxième. Je le bois pareil. La voix est toujours là. Ni forte, ni insistante, juste présente, comme une pression légère derrière le crâne qui ne part pas quand je secoue la tête. Je pose la tasse dans l’évier. Je vais à la salle de bain. Dans le miroir, un homme qui a dormi cinq heures me regarde. Ce n’est pas la première fois. Ce ne sera pas la dernière. Je me lave le visage à l’eau froide, je me peigne, j’applique les gestes dans l’ordre habituel. Ça aide, d’habitude. Ce matin un peu moins. Je retourne dans la cuisine. Je remplis un troisième café que je pose sur la table sans le boire. Le chien dort encore. Dehors, c’est la nuit noire d’octobre, rien à voir. J’attrape mon téléphone. J’ouvre Instagram. Le fil dé-marre. Une recette de pâtes, un chiot qui tombe d’un canapé, un mec qui court un marathon au lever du soleil avec une légende motivante en anglais, une publicité pour de l’alimentation canine, un chien de berger qui coure dans la montagne. Je scrolle. Je ne regarde pas vraiment. Mon pouce fait le travail à la place de mon cerveau. C’est l’avantage. Ça occupe les yeux sans demander quoi que ce soit au reste. Dix minutes passent. Vingt peut-être. Je re-pose le téléphone face contre la table. La voix est toujours là. Instagram n’a rien arrangé, évidemment. Je regarde la tasse de café refroidir devant moi. Par la fenêtre, le ciel commence très lentement à pâlir au-dessus des toits.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.