Chapitre 8 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Le village des Brevelles s’éveille lentement sous la lumière dorée du matin. Les premières fumées montent des cuisines collectives, fines et droites dans l’air encore calme. Des enfants traversent l’allée centrale en courant, leurs rires fusant entre les habitations avant de se perdre quelque part du côté des potagers. Deux femmes échangent quelques mots devant une porte ouverte, sans hâte, comme si le temps ici avait une texture différente. Plus épaisse. Plus habitable. J’avance lentement, laissant tout ça m’atteindre. À une dizaine de pas devant moi, Liy se retourne et me fait signe de me hâter. L’air sent la terre humide et quelque chose de doux que je n’arrive toujours pas à identifier. Peut-être du tilleul. Peut-être autre chose. Je n’ai pas encore complètement appris à lire les odeurs d’ici. Un vent léger descend des collines, traverse le village comme s’il en connaissait chaque recoin, et vient effleurer ma nuque. Je m’arrête une seconde. Même le vent, ici, semble savoir où il va.
Depuis l’éclipse, je suis retourné voir le clan à de nombreuses reprises. Toujours le même procédé : une voix derrière l’oreille qui scande mon prénom, douce et précise comme le tintement d’une cloche annonçant le début du service. Je pose mon corps sur le tapis de méditation, je ferme les yeux, et je bascule dans le blanc laiteux. Chaque séance porte sur un sujet différent. Leur alimentation, leur système d’échange, l’éducation des enfants et des adultes. À chaque fois, je reviens avec l’impression d’avoir effleuré quelque chose d’immense sans pouvoir le saisir vraiment. Il me manque des fondations que je n’ai pas. Des évidences que ce monde respire naturellement et que le mien a oubliées depuis longtemps. Je fais semblant de comprendre, parfois. Je hoche la tête au bon moment. Mais la plupart du temps, je suis un enfant qui regarde des adultes construire quelque chose de compliqué et de magnifique, sans savoir encore comment tenir le marteau.
Une nuit, alors que je n’arrivais pas à trouver le sommeil, j’ai imaginé vivre parmi eux pour de vrai. J’ai essayé d’énumérer ce que je pourrais apporter, les tâches que je pourrais accomplir. Et au bout d’un moment, une pensée bizarre m’a traversé : est-ce que je ne finirais pas par m’ennuyer ? Dans un monde où tout semble trouver sa place naturellement, où les problèmes se résolvent avant même qu’on ait fini de les exposer, qu’est-ce qu’on fait de ses doutes ? Où est-ce qu’on les met ?
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.