La Nouvelle Humanité est un sanctuaire d’exploration lente,
pour celles et ceux qui pressentent qu’un autre monde est possible.

La nouvelle humanité

Carnets d’un monde à naître

Abonne-toi à la newsletter

Je ne promets aucune régularité mais tu ne seras pas submergé.e.

par | 20 avril 2026 | Fictions, Roman

20 avril 2026

Le premier cercleChapitre 15

Chapitre 15 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».

Le premier cercle

Image générée par IA

Six mois environ après le salon de Paris, j’ai pris un appartement. Ce n’était pas prévu ou plutôt, je ne l’avais pas planifié. Les droits d’auteur avaient commencé à arriver, d’abord modestement, puis avec une régularité qui m’avait surpris. John m’avait dit dès le départ, avec cette assurance tranquille, que le livre trouverait son public. Il avait raison. Alors j’ai cherché, pas très loin de chez lui, dans le même quartier proche de la Bascule et du bois de la Cambre, entre Uccle et Ixelles. Et j’ai trouvé un rez-de-chaussée avec jardin, en arrière d’un petit immeuble de trois étages, à cinquante mètres d’une station de tram et quatre cents mètres de l’entrée du Bois de la Cambre. Le jardin est plutôt grand pour ce quartier, mais envahi de mauvaises herbes, avec une terrasse en dalles de béton fissurées, un prunier qui ne donnait probablement plus de prunes depuis des années et quelques autres arbres dont un rhododendron et un magnolia. Parfait pour les couleurs au printemps, parfait pour Lucky.

Je n’avais pas pris grand-chose en m’installant. Mes affaires tenaient dans deux valises et trois cartons. John avait insisté pour m’aider à porter les cartons et avait passé la première heure à regarder l’appartement vide avec l’œil critique d’un homme qui a des opinions arrêtées sur l’organisation de l’espace. Il avait fini par hocher la tête.

— C’est bien, avait-il dit. C’est suffisant.

De la part de John, c’était presque de l’enthousiasme.

La vie s’est organisée autrement depuis le livre. Les conférences ont commencé à arriver. D’abord une invitation timide pour un événement local, puis d’autres, plus loin, plus formelles. Un TEDx à Lyon où j’avais parlé pendant dix-huit minutes devant trois cents personnes avec un trac que je n’avais pas ressenti depuis des années. Des universités, des associations, des entreprises qui voulaient comprendre ce que le livre disait sur la façon dont on construit du collectif. Je n’étais pas un conférencier professionnel, loin de là et je le disais d’emblée à chaque fois. Mais j’avais quelque chose à dire et les gens venaient l’entendre.

Jacques Herbone faisait partie de ce réseau-là. Après le salon de Paris, il m’avait envoyé un message pour dire qu’il avait réfléchi à ce que j’avais écrit et qu’il aimerait qu’on se reparle. On s’était revus d’abord autour d’un café, puis plusieurs fois, et quelque chose s’était mis en place naturellement.

Avec tout ça, je vivais. Chichement, comme j’avais appris à le faire depuis le retour du bungalow, mais sans compter chaque euro. J’avais arrêté de compter depuis un moment. Pas par négligence mais par choix. Il y a une différence, même si elle est difficile à expliquer à quelqu’un qui n’a jamais essayé. J’avais aussi changé ma façon de me nourrir en devenant végétarien. Pas par idéologie mais par goût. Le marché du mercredi place Brugmann, les légumes de saison achetés directement aux maraîchers, une cuisine simple qui prenait du temps et que j’avais appris à aimer prendre. J’avais arrêté le scanner, évidemment. J’avais arrêté beaucoup de choses sans vraiment m’en rendre compte. Les achats compulsifs, les abonnements inutiles, les distractions qui remplissaient le silence sans l’habiter. Ce n’était pas de l’ascèse. C’était juste que ces choses ne me manquaient pas. Le livre continuait de circuler. Des traductions étaient en cours avec une édition française grand format, une version néerlandaise, des discussions avec un éditeur allemand. John gérait tout ça avec son efficacité habituelle et sa façon particulière de ne jamais sembler impressionné par ce qui se passait, même quand il l’était manifestement. Je me disais que, de toute façon, je finirais toujours par retomber sur mes pieds. Lucky s’était approprié le jardin dès le premier jour. Il avait inspecté chaque centimètre carré avec le sérieux d’un géomètre, laissé ses marques sur les quatre coins, puis s’était installé sous le prunier avec la satisfaction de quelqu’un qui vient de régler une affaire importante. Depuis, c’est son territoire. Le matin, il sort, fait son tour, renifle les traces olfactives des chats voisins et revient s’asseoir à mes pieds pendant que je bois mon café sur la terrasse en dalles fissurées. Cette heure-là, entre le café et le début du reste de la journée, est devenue la meilleure heure de ma journée.

La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.

Tous les chapitres

SignaturesChapitre 14

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 14

Paris, salon du livre. William signe depuis le matin. Des visages, des livres cornés, des confessions brèves. Et en fin d’après-midi, Jacques apparaît. « La spirale continue », lâche-t-il avant de repartir sans se retourner. La boucle est bouclée.

L’imparfaitChapitre 13

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 13

Liy contacte William en secret. Ishen ne sait pas. Dans la clairière de la brèche refermée, un mot glisse — « Ankhe l’aurait… » — et dans cet imparfait, tout est dit. Ishen arrive. Ce sera la dernière fois.

Le curseurChapitre 12

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 12

William rentre de l’hôpital. Il ne dort pas. Une image revient, fixe : le ruban rouge dans la masse. Dans le jardin de John, au matin, il brûle son carnet. Ce qu’il y avait écrit supposait qu’il comprenait. Maintenant, il n’a plus de fil.

La cité-monstreChapitre 11

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 11

William retrouve enfin la spirale dans le jardin de John. Mais la transition le mène ailleurs. Une ville sans âme où les gens marchent en silence, où les écrans diffusent des mantras et où Ankhe, piégé dans quelque chose qu’il a lui-même construit, disparaît sous ses yeux.

L’ancien mondeChapitre 10

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 10

Cinq semaines après son retour, William replonge dans une vie qu’il ne reconnaît plus. Entre travail absurde, interactions violentes et solitude, le monde d’avant lui apparaît soudain étranger.

RuptureChapitre 9

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 9

William se réveille avec une certitude brutale : le lien est rompu. Plus de voix, plus de présence. En revisitant ses notes, il découvre que le doute était là depuis le début. Ce qu’il prenait pour des réponses n’était peut-être que des illusions mieux construites.

La brècheChapitre 8

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 8

William découvre de plus près le fonctionnement du clan des Brevelles. Mais derrière l’harmonie apparente du cercle, une faille grandit dans l’ombre. Et tout semble indiquer qu’elle le reconnaît.

L’éclipseChapitre 7

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 7

Une éclipse plonge la vallée dans un silence sacré. Sous le figuier des Roches, une spirale lumineuse apparaît dans la terre et révèle à William un lien troublant avec Ankhe et le destin du clan des Brevelles.

Le vieil hommeChapitre 6

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 6

Après plusieurs jours à tenter de comprendre ce qu’il a vécu chez les Brevelles, William commence à douter des coïncidences. Sur un rocher face à l’océan, une conversation apparemment banale pourrait bien infléchir le futur.

Le HeallChapitre 5

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 5

Dans le Heall, William entre pour la première fois au cœur vibratoire du clan des Brevelles. Là, la frontière entre conscience, énergie et identité se fissure. Liy lui révèle ce qu’il n’aurait jamais imaginé : son lien profond avec Ankhe, et la nature véritable de la Source.

La tempêteChapitre 4

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 4

Après la traversée de l’orage, William vacille entre deux mondes. Sur la plage jonchée de débris, un vieil homme et une spirale ravivent le fil du sens. Une certitude s’impose alors : retourner au rocher, affronter l’inconnu et revoir Ankhe.

ConvergenceChapitre 3

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 3

William franchit enfin le seuil : au cœur du village des Brevelles, entre voix bienveillantes et révélations troublantes, sa perception du réel vacille.

La RetraiteChapitre 2

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 2

Seul face à l’océan, William cherche le silence. Mais ce qu’il trouve dépasse tout ce qu’il pouvait imaginer.

L’appelChapitre 1

« La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles »
Chapitre 1

William, employé discret d’un cabinet fiscal, voit sa routine basculer le jour où une voix mystérieuse s’invite dans son esprit. Ce qu’il pensait être un simple malaise déclenche un basculement profond. Et si ce murmure n’était pas une illusion, mais l’éveil d’un autre réel ?