Chapitre 10 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Cela fait cinq semaines que je suis rentré.
Je ne sais plus exactement comment comptabiliser le temps depuis mon retour. Les jours se ressemblent trop. Je me lève. Je prends un bus et un tram. Je monte trois étages. Je scanne. Je redescends. Je rentre. Je me couche. Lucky dort en travers de mes jambes et je fixe le plafond jusqu’à ce que le sommeil arrive.
Le cabinet comptable où j’ai atterri s’appelle Maréchal & Fils, ce qui est déjà une promesse. Fondé en 1951, il occupe le dernier étage d’un immeuble de la rue de Stassart dont les cages d’escalier sentent le papier humide et le vieux bois. Le directeur, un certain Henri Maréchal, soixante-dix-huit ans, porte des costumes gris qui ont dû être élégants à une époque. Il écrit tout à la main. Les bilans, les rapports, les lettres officielles, tout. Dans une calligraphie rigoureuse et presque artistique dont il est visiblement fier. Mon rôle est de numériser tout ça. Absolument tout. Des décennies d’archives manuscrites, classées dans des boîtes que personne n’a ouvertes depuis des années.
— Rien ne vaut un alignement de comptes écrits à la main, m’a-t-il dit le premier jour en me montrant mon bureau d’un geste solennel. C’est comme ça qu’on remarque si on commet des erreurs.
Il n’a probablement jamais vu une feuille Excel de sa vie. J’ai hoché la tête.
Mon bureau est une pièce exiguë coincée entre la salle des archives et la salle de réunion. Une vieille imprimante ronronne en continu. Mes journées sont rythmées par le bip strident du scanner à chaque feuille insérée. L’air sent le papier jauni et le toner. Parfois, je jette un coup d’œil vers le bureau du directeur à travers la porte entrouverte. Il est là, concentré, penché sur ses feuilles, son Montblanc glissant avec une précision presque religieuse. Il semble prendre un plaisir sincère à ce rituel d’un autre âge.
Moi, je scanne.
Trois ans de travail au minimum avant que tout soit numérisé. Quand j’ai commencé, je me suis dit que ce serait simple. Quelque chose d’automatique, sans prise de tête, le temps de reprendre pied. Trois semaines plus tard, j’ai juste envie de déverser les boîtes d’archives par la fenêtre.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.