Chapitre 11 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Le lendemain matin, John dort encore. Je l’entends ronfler derrière sa porte quand je traverse le couloir avec Lucky sur les talons. Dehors, le jardin est silencieux. L’air sent la terre humide et quelque chose de végétal, presque sucré. Les lilas commencent à pointer le long de la clôture. Le monde n’est pas encore réveillé. J’ai toujours apprécié ces matins-là. L’impression d’être le premier.
La phrase de Jacques ne m’a pas quitté depuis hier soir. Ce qui se rompt, ce sont les conditions dans lesquelles on les cherche. Je l’ai retournée dans tous les sens toute la nuit. Et ce matin, quelque chose est différent. Il est vrai qu’il n’y a pas de tram à prendre, pas de scanner à supporter et pas de Bernard à esquiver. Juste le jardin à l’état sauvage, l’érable et son ombre accueillante, Lucky qui fait le tour du propriétaire en reniflant chaque touffe d’herbe. Les conditions sont différentes.
Je m’assieds en tailleur au pied de l’érable, le dos contre le tronc, les mains ouvertes sur mes genoux. Lucky tourne deux fois autour de moi avant de se coucher à mes côtés, le museau entre les pattes. Il a compris avant moi.
Je ferme les yeux.
Mon esprit ne se tait pas tout de suite. Les pensées arrivent, comme toujours. Je les regarde passer sans les retenir, comme on regarde défiler des voitures depuis un trottoir. Puis il y a le silence entre deux pensées. Je m’y glisse. Je n’essaie pas tout de suite de trouver la spirale. Je la laisse venir si elle veut. Pendant un long moment, rien. Juste ma respiration, le bruissement des feuilles au-dessus de moi, le souffle régulier de Lucky. Et puis quelque chose change en moi. Une chaleur infime dans la poitrine, à peine perceptible, comme une braise qu’on croyait éteinte et qui rougeoie encore sous la cendre. Je reste immobile. Je ne force pas. Je respire. La chaleur grandit. Puis, lentement, la spirale se dessine, loin d’abord, floue, comme vue à travers un verre dépoli. Elle tourne doucement. Je l’accueille sans hâte. Et alors la vibration familière monte en moi. Cette traction douce, cette sensation d’appartenir à quelque chose de plus grand que les quatre murs d’un cagibi au troisième étage de la rue de Stassart. Je pense aux diapasons de Jacques. Deux systèmes qui entrent en résonance sans se toucher. Je n’ai pas cherché la spirale. Je me suis laissé trouver.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.