Chapitre 6 du roman « La Nouvelle Humanité, le clan des Brevelles ».
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Une fois de plus, j’ai tout noté. Dans l’ordre. Aussi précisément que possible. Tant que les souvenirs étaient encore là. J’ai essayé de ne rien trier, de ne rien arranger. Dans mon carnet, j’ai distingué deux choses : d’un côté, ce que j’avais vécu ; de l’autre, ce que j’avais appris sur le clan. Pas de commentaire. Pas d’interprétation. Juste les faits. Comme si les écrire ainsi pouvait m’aider à mieux comprendre. Ou au moins à ne pas perdre pied. Je ne sais même plus très bien ce que veut dire « maintenant ». J’écris, oui, mais j’ignore à quel présent je me rattache. Celui d’ici ? Celui de là-bas ? Est-ce que ça a même encore un sens ? J’en doute. Tout cela m’a pris cinq jours. Cinq jours entiers où je n’ai fait que manger, dormir, promener le chien et écrire. En boucle.
Aucun contact de la part de Liy ou d’Ankhe. J’ai continué les méditations sur le rocher mais comme au tout début. Comme avant le basculement. Elles continuent à me faire du bien. Et je dois avouer que le fait d’avoir vomi deux fois de suite m’a un peu refroidi. Au bout de ces cinq jours, deux évidences se sont imposées. Et elles ne m’ont pas rassuré.
La première est que je ne sais rien. Rien du tout. Moi qui pensais avoir une certaine culture, une compréhension correcte de la vie, de la science, de la médecine, de la géopolitique… Tous ces sujets qu’on aborde avec assurance autour d’un repas, comme si on savait de quoi on parlait. En réalité, dès qu’on sort du quotidien, dès qu’on se décale ne serait-ce que d’un pas, tout s’effondre. Les certitudes, les raisonnements, les opinions bien rangées. Tout. Peut-être que c’est ça, l’impermanence dont parlent certaines traditions. Ou peut-être que je tente de plaquer des mots savants sur une simple perte de repères.
La seconde évidence est plus difficile à formuler. Elle n’a rien de théorique. Elle est inconfortable. J’ai dû creuser en moi pour écrire sans juger, pour ne pas comparer sans cesse ce que j’ai découvert là-bas avec ce que je vis ici. Et au lieu de réponses, j’ai récolté des questions. Trop de questions. Des questions qui tournent sans cesse, sans point d’ancrage. Cette histoire de pensées qui créeraient la réalité, par exemple. Je ne sais même pas comment l’aborder. Est-ce une nouvelle métaphore ? Ou est-ce que j’ai réellement entrevu quelque chose qui dépasse de très loin ce que je suis capable de comprendre ?
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.