Chapitre 24 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Les assemblées de gardiens ont lieu le troisième jour de chaque cycle lunaire, dans la grande salle du secteur nord, qui jouxte le Heall. C’est une salle de travail organisée en amphithéâtre avec un plafond bas pour contraindre la résonance sonore, des bancs alignés en tiers de cercle, une petite scène au centre et des cristaux de stockage, alignés le long du mur du fond. Il n’y a rien de solennel là-dedans. Ce n’est pas fait pour être solennel. C’est fait pour que cinquante-quatre personnes puissent se voir en face et se dire des choses ennuyeuses dans un temps raisonnable.
Je m’assois au troisième rang, comme d’habitude, légèrement à gauche du centre. Ankhe prend la place à ma droite. Il pose les mains à plat sur ses cuisses et regarde le mur du fond, au-dessus de la scène. Il n’a salué personne en entrant.
Depuis le verrou, il est ainsi. Pas absent, ni fermé, simplement posé à une certaine distance tant émotionnelle qu’humaine. Il mange, il dort, il travaille ses heures. Il répond quand on lui parle. Mais il a cessé de s’ajuster au rythme du clan. Je l’ai vite remarqué, mais je ne sais pas si les autres le voient aussi.
La brèche continue de croître. J’ai vérifié ce matin avant de venir, les relevés du secteur, les nœuds de surface et les strates intermédiaires. La courbe monte par paliers imperceptibles et irréguliers, indifférents au verrou qu’Ishen a posé sur la fréquence de William. Ça ne devrait pas. C’est ce qui m’occupe depuis des jours. Cette progression continue sans sa source apparente, obstinée. Le lien existe encore quelque part, en dehors de mes paramètres. William est encore parmi nous, d’une certaine façon.
Ishen n’est pas là. Appelé en fédération, un arbitrage inter-clanique, plus au nord. Son absence modifie légèrement la disposition des rangs, une légère hésitation collective sur qui s’assoit où, rapidement résolue. Kael ouvre la séance.
Les rapports défilent. Secteur ouest : stabilisation des nœuds post-éclipse, trois zones de légère surcharge en cours de résorption. Secteur des vergers : fréquence basse, rien d’alarmant. Les égrégores de mémoire collective du cycle précédent, leurs taux de sédimentation, les anomalies relevées, les corrections apportées. Je sais déjà tout cela. Je les lis en temps réel dans leur logique, dans leur vocabulaire. C’est notre façon concise, précise et sans affect que nous avons, nous les gardiens, de les présenter. C’est notre façon d’œuvrer et c’est la bonne façon.
Puis quelqu’un mentionne la brèche.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.