Chapitre 28 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Je me lève avant les autres. Toujours. Ce matin, c’est plus tôt encore. L’autre côté du lit est froid. Ça fait trois nuits que c’est comme ça. Je pose la main sur le tissu sans m’y attarder. Au-dessus de moi, le bois tressé et l’argile claire du plafond. La pré-clarté filtre par les fentes des volets. Sous la porte, la ligne grise au ras du sol. Je tends l’oreille. Les craquements du bois, la fontaine dans la cour intérieure. Tout dans son ordre exact. De l’index, je tapote deux fois sur ma tempe gauche. L’interface s’allume. Je vérifie d’abord la séquence d’Ishen. Rien. Trois matins de suite maintenant. Je parcours le registre des présences. Ankhe : signature active, localisation non partagée. Ça non plus, ça n’a pas changé. Je referme l’interface. Je reste allongée encore un moment.
Puis, je me lève. Le sol en pierre ponce est frais sous mes pieds. Je fais les gestes dans l’ordre. D’abord l’eau sur le visage, les aisselles et l’entre-jambe, les vêtements propres, les sandales. Je choisis un ruban turquoise pour nouer mes cheveux. Pas envie de les laver ce matin. Dans la pièce principale, le bol d’hier soir est encore sur la table, avec des restes séchés au fond. Sa tunique de rechange est toujours sur la banquette, jetée en travers. Je ne l’ai pas touchée depuis mon retour. Je ne sais pas pourquoi. Je la prends, la plie, la repose sur le dossier. Elle sent sa transpiration. Je l’attrape à nouveau et vais la déposer dans le bac à linge. Je regarde autour de moi. Trois jours que je n’ai pas commandé de ménage. Trois jours que je laisse les choses s’accumuler sans les voir vraiment. J’ouvre l’interface. Je commande une séance complète. L’Essence confirme. Je sors sans attendre. Sur le chemin, deux androïdes ménagers arrivent déjà depuis le passage couvert. Je leur laisse la porte ouverte.
Dehors, les Brevelles sont dans leur ordre du matin. La lumière oblique sur les toits de mousse, l’odeur de la terre des jardins, les derniers androïdes qui rentrent de la maintenance nocturne. Les cristaux pulsent leur fréquence basse dans la plante de mes pieds. Je m’arrête au bout du passage couvert, à l’endroit habituel, et je regarde le quartier central dans son étendue.
C’est Tuaa que je trouve aux bassins. Elle travaille dos à moi, la lanière jaune canari dans les cheveux, penchée sur ses relevés du cycle d’hiver. Elle lève la tête quand elle entend mes pas. Elle se décale pour me faire de la place sur le muret sans me demander si j’ai le temps.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.