Chapitre 23 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Le créneau est à la neuvième heure. J’ouvre l’interface vingt minutes avant, par habitude, pour vérifier les seuils du secteur. Tout est en ordre. Je replie les doigts, referme à moitié, attends.
À la neuvième heure, je rouvre le canal. La fréquence de William ne monte pas. J’attends. Une minute, peut-être deux. Il lui arrive d’être en retard, surtout en début de journée, le temps que sa méditation trouve son axe. Je maintiens les seuils ouverts. Je regarde la courbe rester plate. Puis je commence à vérifier l’intérieur du canal lui-même, les points d’ancrage, les nœuds relais dans le secteur nord. Tout tient. Aucun pic parasite, aucune perturbation de surface. Le canal est propre et vide. Je laisse passer encore cinq minutes. Il y a une liste de choses à vérifier quand une connexion ne s’établit pas. Je les fais dans l’ordre, méthodiquement. Les nœuds du secteur est, là où le Spirale stagne en formant un coude, les strates de surface, pour écarter une interférence locale, les relevés de la double balise, qui pulse au rythme habituel, sans variation, toujours synchronisée. Rien ne cloche de ce côté-ci. J’ajuste les seuils vers le bas, pour élargir la zone de réception. Une technique qu’on utilise quand la fréquence émettrice est faible ou instable. La courbe reste plate.
Je garde le canal ouvert un quart d’heure de plus. À un moment, je reconnais ce que je fais. Je règle et réajuste comme si le problème venait de moi, comme si un seuil supplémentaire allait finir par résoudre ce qui n’a rien à voir avec les paramètres. William n’est pas en retard. William n’est pas là. C’est différent.
Je referme le canal. Je laisse l’interface ouverte, en veille, au cas où. Je me masse la nuque du plat de la main, de bas en haut. Le banc de pierre est froid sous mes fesses. Les potagers bruissent d’une activité ordinaire. Des voix au loin, le bellement des chèvres au sud, quelqu’un qui siffle un air sans le terminer. Le monde des Brevelles poursuit sa route, exactement comme si le canal avait fonctionné normalement. Personne ne sait. Personne ne regarde dans ma direction. Je me lève. Bouger ne changera rien à la courbe mais c’est plus facile pour moi de supporter l’attente. Je monte le long du chemin sud, vers l’enclos des biquettes, l’interface toujours ouverte dans mon champ de vision, les gestes réduits au minimum. Je m’arrête à l’angle du muret bas qui borde les plans d’arachides. De là, en me retournant, j’ai une ligne de vue dégagée vers le nord, vers la lisière de la forêt, vers la clairière que je ne vois pas mais dont je connais la direction, comme on connaît l’emplacement d’une douleur ancienne.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.