Chapitre 18 du roman « Le clan des Brevelles« .
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La rotonde est froide à cette heure. Le soleil est déjà haut pourtant. Je pose la main sur la pierre en entrant, comme je le fais depuis la toute première fois. Une superstition qui me rassure. Ankhe n’est pas encore là. J’ai choisi cette heure pour ça. Ce que je veux faire ce matin, je veux le faire d’abord seule. Disséquer sans avoir à expliquer en même temps. Ankhe sait ça de moi, il ne posera pas de question. Je prends le coussin du fond, celui que je préfère depuis l’adolescence, face à l’ouverture sud. La lumière entre encore à l’oblique, étroite, elle court sur le sol et s’arrête avant d’atteindre le mur d’en face. Les cristaux dans les encoches tiennent leur fréquence basse. Je la sens dans les mollets et derrière la nuque. Elle dit que l’endroit est vivant même quand personne n’y est.
Je ne viens plus aussi souvent ici qu’avant. À partir du moment où mon niveau chromatique est devenu suffisant, j’ai pu œuvrer de n’importe où, sans crainte que des personnes plus novices n’accèdent par inadvertance à mes travaux. Mais aujourd’hui, cette nouvelle accréditation nécessite l’isolement et les remparts que la rotonde offre, avec son maillage de cristaux.
J’ai toujours eu accès à la strate fondatrice. Depuis l’adolescence, depuis ce matin où Ishen m’avait laissée entrer ici sans me demander si j’en avais le droit. Je la connaissais dans sa forme, je savais reconnaître la masse indigo, les couches sédimentées, les nœuds qui pulsent différemment selon leur âge et leur densité. Je savais la lire comme on lit un visage dans les grandes lignes, les zones de tension, ce qui ressemble à de la joie et ce qui ressemble à de la peur. Mais lire un visage n’est pas connaître une vie.
L’autorisation élargie m’a été accordée quatre jours plus tôt. Une notification sobre dans l’interface, formulée avec la précision habituelle de l’Essence : accès lecture profonde et multi-chromatique — strate fondatrice — niveaux non détenus autorisés. J’avais lu ça deux fois. Puis une troisième. Ce que ça voulait dire était pourtant simple. Jusqu’ici, je pouvais voir les couches mais pas les traverser. Je percevais la couleur d’un nœud sans pouvoir en lire le contenu. Les savoirs déposés là restaient opaques si je ne les possédais pas moi-même. C’était une vitre. Je voyais la forme, la densité, le grain de surface. Pas ce qu’il y avait derrière. Maintenant, je peux lire ce que je ne sais pas encore. Je prends un moment avant d’ouvrir. L’excitation s’est vite transformée en appréhension.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.