Chapitre 26 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Le lit est froid quand j’ouvre les yeux. Froid depuis la veille. Ankhe n’a pas dormi ici. Je reste allongée une seconde à regarder le plafond. Je ne cherche pas à savoir où il est. Je le trouverai quand il sera temps.
Le brouillard a tout mangé cette nuit. Les sons extérieurs arrivent différemment, aplatis, sans portée. Les corneilles qui sont revenues à la faveur d’une météo plus propices pour elles, la première navette du jour dans la zone de chargement, des bruits de pas sur le chemin secondaire qui font penser au crissement de la neige. Tout ça arrive feutré, déformé. L’air a changé de nature pendant la nuit, jusque dans sa matière. J’ouvre les volets. Le blanc dehors est total. Les toits du secteur est ont disparu. Les arbres de la lisière ne sont plus que des formes noires en suspension à mi-hauteur. Le sol lui-même est incertain, la frontière entre la terre et le brouillard n’est pas nette. Ça ressemble à une journée dont on ne peut pas prévoir la forme.
Je me prépare sans allumer. Les gestes du matin dans la pénombre, dans l’ordre, les mains qui trouvent ce qu’elles cherchent. Je tape deux fois sur ma tempe. Les relevés de la brèche s’ouvrent. Le palier est stable depuis hier après-midi. Ni pire, ni mieux. Quelques notifications, rien d’important, rien d’urgent. La routine. Ça me fait du bien. Je referme. Je sors sans déjeuner.
Dehors, le froid est humide. Le brouillard, dense et immobile, a la texture des matins d’automne, après la pluie. Aucun souffle de vent pour le défaire. Le chemin de la place centrale est vide à cette heure. Mes pas sonnent sur les pavés mouillés. Au croisement du secteur nord, la fontaine coule en filet léger, avec un son régulier qui résonne comme dans une grande pièce close. Une lumière pâle filtre depuis l’atelier des luthiers, derrière les volets fermés. Torian commence toujours avant l’heure, ça, tout le monde le sait.
Ankhe est là avant moi, debout à l’angle du passage qui donne sur la place. Il a les mains dans les poches de sa tunique. Il regarde le blanc devant lui sans qu’il y ait grand-chose à regarder. Je me place à côté de lui. Je pose ma tête sur son épaule. Il embrasse mon front. Nous restons muets. Nous attendons.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.