Chapitre 20 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Cinq semaines ont passé. Une routine tranquille. Chaque jour ressemblait au précédent. Nous ne sommes pas retournés à la rotonde. Je dois avouer que nous nous sommes peu croisés avec Ankhe, durant cette période. Le matin, le soir, avec quelques échanges sur la journée passée ou à venir, rien de plus. Et encore, si mes insomnies ne me réveillaient pas avant lui. Chaque matin, je m’installais, comme d’habitude, sur un banc de pierre, autour de la place centrale, pour effectuer mes tâches quotidiennes. Ankhe, quant à lui, je ne saurais dire où il était, tout ce temps. Dans les relevés de l’Essence, ses entrées sont devenues moins fréquentes et plus brèves, avec des plages d’œuvre qui ne correspondaient presque plus aux créneaux déclarés. Je n’y ai pas prêté attention sur le moment. J’avais mes propres recherches à opérer. Car les différents égrégores fonctionnels des Brevelles sont, peu-à-peu, devenus étrangement stables, malgré les apports habituels des autres gardiens du clan. Les nœuds qui résistent à la sédimentation ne sont pas toujours à considérer comme des anomalies. Parfois, ils continuent à s’enrichir, sans ce besoin de lissage dont j’avais la charge, depuis quelques années maintenant. Pourtant, certains jours, je voyais passer des changements singuliers de fréquence, en provenance des couches basses plus anciennes. Dès que je m’y attardais, elles disparaissaient en ne laissant aucune trace dans l’Essence, comme si elles n’avaient jamais existé. Les deux ou trois premières fois, j’ai simplement laissé tomber. Les interférences sont parfois légions quand d’autres clans, voire d’autres fédérations, effectuent des corrections de masse. L’Essence l’intègre, nous le signale et tout rentre dans l’ordre. Mais ces fois-ci, l’Essence est restée muette. Aucune trace. Aucun souvenir. J’ai fini par en faire part à Ankhe.
C’est à ce moment qu’il a commencé à m’en parler.
Il m’a avoué qu’il avait réussi à établir un contact avec William Tervel, l’un des trois fondateurs des Brevelles. Un contact direct, par les nœuds de surface de l’égrégore. Il avait trouvé la fenêtre lui-même, avait-il annoncé fièrement, sans en détailler la méthode. Et il voulait pousser plus loin. L’appeler par son prénom, pour ouvrir le canal et instaurer la fréquence.
Je suis restée sans voix un long moment. William Tervel. L’homme de la strate zéro. Ce nom appartenait aux couches basses de l’égrégore, enfoui sous soixante-quatre ans de sédimentation. Personne ne contacte un fondateur. Personne n’y avait même pensé, à ma connaissance, depuis que la science des égrégores existe. J’ai demandé pourquoi. Pourquoi lui, pourquoi maintenant, pourquoi en secret. Ankhe a répondu sans détour. Ce qui se lisse dans nos égrégores, il veut le retrouver à la source. Le doute de William est la friction d’origine, celle qui a rendu la fondation possible. Si le clan l’a perdue en route, il faut aller la rechercher là où elle existe encore. En 2026. Chez l’homme lui-même.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.