Chapitre 22 du roman « Le clan des Brevelles« .
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Les semaines qui ont suivi l’éclipse ont eu la forme d’un protocole, et j’ai détesté la période. Une visite par cycle. Un créneau dans les relevés du secteur sud-est. Ma signature dans l’Essence en tant que régulatrice de canal, visible par quiconque voudrait la consulter. Ce que nous avions fait en secret pendant des semaines, Ankhe et moi, puis Ankhe seul, tenait maintenant dans un calendrier à trois colonnes. Date, durée, notes de régulation. Je remplissais les cases.
William revenait. Toujours le même procédé. Ankhe ouvrait la connexion à l’heure convenue, la signature de William montait dans mes relevés, j’ajustais les seuils. Chaque séance portait sur un sujet différent. Notre alimentaire, nos échanges inter-claniques, l’éducation aussi, notre système judiciaire parfois. Sa fréquence oscillait beaucoup au début de chaque visite, des pics courts, des creux, puis elle trouvait son axe. William trouvait les réponses aux questions de ses visites précédentes. Je surveillais la courbe. Je laissais monter avant d’intervenir. En revanche, ce que je ne savais plus, c’était ce qu’Ankhe faisait à ces mêmes moments.
Il se levait quand je me levais, rentrait quand je rentrais. Le soir, nous préparions l’infusion ensemble. Nous parlions de peu. L’espace entre nous n’était pas hostile, mais nous vivions une coexistence qui avait absorbé la crise et en gardait la forme. Le protocole nous avait donné une structure à l’intérieur de laquelle nous pouvions nous mouvoir sans nous toucher vraiment. Je n’ignorais pas qu’il continuait à travailler sur les égrégores pendant ses heures déclarées. Ce qu’il y faisait exactement, l’interface partagée ne le montrait plus. Il avait ses accès, j’avais les miens. Le cercle avait tracé des frontières que nous respections tous les deux avec la même précision que si nous les avions choisies.
Ce matin-là, j’avais trois relevés à faire avant la mi-journée. Le premier dans le secteur du figuier, où les nœuds post-éclipse se stabilisaient encore par paliers. Le deuxième sur le canal avec des vérifications de routine. Le troisième dans les strates de surface du secteur nord, une zone de légère surcharge héritée de l’éclipse et qui se résorbait plus lentement. Il est vrai que cette zone est très humide. L’eau a tendance à conserver un changement de mémoire vibratoire bien plus longtemps que le minéral. La fréquence de William, quant à elle, était en sommeil à cette heure, plate et régulière depuis des jours.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.