Chapitre 25 du roman « Le clan des Brevelles« .
Image générée par IA
Je me réveille en sursaut. Le lit est vide et presque froid à côté de moi. Je devine par la lumière qui filtre par les volets qu’il est déjà tard. Je consulte l’Essence. Une foule de notifications, toutes plus urgentes les unes que les autres. La onzième heure approche. Il n’est pas tard, il est très tard. Je me lève d’un coup et me précipite vers la salle de bain. Au passage, je me heurte l’orteil sur un barreau de chaise. Douleur intense. Je pousse un juron. Je ressors de la salle de bain, quelques instants plus tard, en boitant.
L’interface m’indique qu’Ankhe a déjà pris sa place à la rotonde. Il pleut aujourd’hui et le ciel est blanc. Dehors, une petite pluie fine qui achève de me réveiller. Cela faisait plusieurs semaines qu’il n’avait pas plu. C’est toujours une fête chez les Brevelles, tant la pluie se fait rare désormais.
L’orteil cogne encore quand je prends le chemin des châtaigniers. Le sol est mouillé, les herbes hautes de chaque côté du sentier ont gardé la pluie de la nuit et trempent mes chevilles à chaque pas. Je marche vite malgré ça, les bras croisés sur la poitrine, les yeux mi-clos. J’entends le torrent plus fort que d’habitude, gonflé par la nuit de pluie. Une odeur de terre retournée, d’humus, de feuilles qui pourrissent doucement. Je l’aime, cette odeur. Elle me ramène à des matins anciens, quand j’arrivais ici avant tout le monde, quand personne ne savait encore que je venais. Les pieds mouillés, le cœur battant vite pour des raisons que j’ai aujourd’hui oubliées. Ce matin, mon cœur bat aussi vite mais pour d’autres raisons.
La rotonde est froide quand j’arrive. Je pose la main sur la pierre du passage, par réflexe. Ankhe est debout au milieu de la grande pièce, sa veste jetée sur un coussin. Ses bras se meuvent avec amplitude. Ses mains prennent des poses que lui seul maitrise. Ses doigts, quant à eux, s’agitent de façon asynchrone. Je devine qu’il est sur quelque chose d’important. Je l’observe quelques instants depuis l’entrée. On dirait un chef d’orchestre, sans la baguette. Les cristaux dans les encoches tiennent leur fréquence pour amplifier son œuvre, mais je la sens différemment dans les mollets ce matin. Ce que Ankhe manipule n’est pas usuel. Je m’avance et m’assieds sur le bord de la table basse. Je tape deux fois sur ma tempe.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.