Nouvelle #8 du cycle « Le collecteur de savoirs ».
Recueil de nouvelles où on suit Royan, collecteur de savoirs dans le monde des Brevelles à la découverte de nouvelles façons de vivre, non documentées par l’Essence.
Image générée par IA
La tunique me décolle du matelas avant que j’aie décidé quoi que ce soit. Je pousse sur les coudes, elle prend le relais sur le reste de ma vieille carcasse. Le dos d’abord, puis les genoux qui claquent au passage, puis tout le reste du paquet et me voilà assis au bord du lit. À mon âge et avec ce que je trimballe, on ne se lève plus, on est hissé comme un sac de grain. Je reste au bord de la couche le temps que la tête arrête de tourner, les mains sur les cuisses, le ventre posé dessus. Le col me gratte, toujours au même endroit, là où la toile a durci autour de ce qu’il y a de cousu dedans. J’y fourre deux doigts. Tous les matins. Un tic de vieux.
Il fait bon. Il fait toujours bon là-dedans, il pourrait geler à pierre fendre dehors que j’aurais les couilles au chaud. Non, ce qui manque, c’est l’odeur. À cette heure-ci, ces crétins d’oranges devraient déjà enfumer la pièce d’à côté avec leur bois pourri, celui que je leur ai dit cent fois de laisser sécher et qu’ils chargent quand même parce qu’ils sont trop feignants pour aller chercher l’autre au fond de la réserve. Mais ce matin, rien. Pas de fumée. Pas de braises qu’on tisonne. Pas un pas dans la galerie. Personne.
Je me lève, enfin la tunique me lève, et je passe dans la pièce du poêle. Froid. La porte de fonte est ouverte sur un tas de cendre grise. La table est vide. Pas un bol, pas une croûte, même pas le broc d’eau qu’on me pose d’habitude pour que je n’aie pas à le réclamer. Les trois indigos devraient être plantés contre le mur, près de l’entrée, avec leurs gueules d’enterrement, à regarder par terre en attendant que j’aie fini de bouffer. Le mur est nu.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.