Nouvelle #3 du cycle « Le collecteur de savoirs ».
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Il est neuf heures et dix-sept minutes lorsque le module qui m’a porté depuis le dernier relais de la Lare, se pose sur une bande de graviers, à un peu plus de quatre kilomètres de Castelrive. L’Essence n’a pas voulu s’approcher davantage. Au-delà commence la Fédération rhodanienne et les protocoles de franchissement interfédéraux imposent qu’un Collecteur passe la frontière à pied, seul. Je n’ai eu affaire à cette procédure qu’une seule fois auparavant, lors d’une collecte de vérification aux confins du bassin de l’Aigue et je me souviens d’avoir patienté quarante minutes qu’un répondant local daigne valider mon passage. Cette fois, la validation tombe en douze secondes, avant même que j’aie fini de formuler ma requête. Je le consigne : la Rhodanie semble mieux équipée pour recevoir du monde que ma propre fédération ne l’est pour en envoyer. Ou bien, je suis simplement attendu. Je marche donc, comme toujours quand j’en ai le choix. Une habitude de collecteur. On arrive lentement et on laisse le lieu se déployer avant qu’il ne sache qu’on l’observe. La route suit d’abord la rive du Rhôde, large et brune en cette saison, puis grimpe vers un éperon rocheux où se dressent les vestiges d’un château, une seule tour intacte parmi des pans de murs éventrés. Les clans de recyclage sont passés par là. À mi-hauteur, les pierres taillées de l’ancien édifice reprennent forme plus bas, dans les soubassements des habitations neuves, assemblées avec un soin qui ne laisse aucun doute sur leur origine commune. Je compte, en descendant vers la ville, sept bâtiments dont les fondations portent encore la marque d’un blason martelé au ciseau, effacé aux trois quarts, mais reconnaissable à qui cherche. Deux ouvriers s’activent encore sur l’un des chantiers, à mi-pente, occupés à ajuster une pierre d’angle récupérée dans les ruines, trop large de quelques centimètres pour l’emplacement qu’on lui destine. L’un d’eux plaque contre la face à corriger un caisson métallique dont j’aperçois le scintillement du cristal de résonance. La pierre, au contact, prend une teinte rougeâtre sur quelques millimètres d’épaisseur, comme si la chaleur naissait dans la roche elle-même plutôt que d’y être apportée. Le caisson épouse la forme exacte du vide à combler. La pierre, ramollie juste assez pour fluer sans couler, vient s’y mouler avant de reprendre sa dureté en refroidissant. Aucun éclat au sol, aucune poussière, seulement une odeur de silex frappé qui traîne un instant dans l’air. Je n’avais jamais vu ce procédé fonctionner auparavant. L’un des deux hommes, remarquant mon intérêt, me fait un signe de la main. Je lui retourne avec un sourire entendu et il reprend son œuvre. Je tape deux fois sur ma tempe pour en savoir plus. L’Essence me répond qu’il s’agit du procédé de refusion de contact, élaboré par les clans de recyclage, il y a une petite décennie. Il est désormais largement employé pour la restauration des pierres anciennes.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.