Chapitre 3 du roman « Le collecteur de savoirs ».
Ce nouveau projet de roman projette d’être un recueil de nouvelles où on suit Royan, collecteur de savoirs dans le monde des Brevelles, en 2090, à la découverte de nouvelles façons d’être, non documentées par l’Essence.
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Il est sept heures quarante et une lorsque je repousse le drap de chanvre qui me sert de couverture depuis dix jours. Je compte avant même de m’être levé, par réflexe plutôt que par nécessité. Dixième matin. Aucun protocole ne m’oblige à tenir ce compte. Une collecte, digne de ce nom, ne s’évalue pas avant son quarantième jour. Mais je le tiens quand même, quelque part entre l’habitude et la lassitude, et je commence à me demander laquelle des deux pèse le plus dans la balance.
L’ancienne université de Montrouve, ou ce qu’il en reste, occupe le sommet d’un promontoire encerclé sur presque tout son pourtour par deux rivières, le Clain et la Boivre, qui l’entaillent d’une cinquantaine de mètres en contrebas. Un seul passage, une bande de terre étroite au sud, relie encore le plateau à la ville. Le reste tient par la seule force des à-pics. Le clan s’y est installé voilà bientôt sept ans, pour — je cite — s’imprégner des grands penseurs qui ont arpenté ces lieux avant lui. L’endroit fut, des siècles durant, l’une des universités les plus courues du pays, la deuxième après celle de Paris à une époque, quatre mille étudiants venus de tout le royaume et d’ailleurs, à ce que rapporte l’Essence quand je la consulte sur le sujet. J’ai cherché, les premiers jours, une trace de ce passé sur les façades. Un nom gravé, une plaque commémorative, un buste. Je n’en ai trouvé aucun. Je l’ai noté dès le premier jour. Pas une seule mention, pas un seul nom, comme si l’idée même de laisser une signature sur la pierre avait déjà fait l’objet d’un débat, quelque part, et n’avait pas survécu au vote. J’ai cessé, depuis quelques jours, de trouver le lieu beau. Je le trouve seulement familier, ce qui est une autre façon de ne plus vraiment le regarder.