Nouvelle #5 du cycle "Le collecteur de savoirs".
Recueil de nouvelles où on suit Royan, collecteur de savoirs dans le monde des Brevelles à la découverte de nouvelles façons de vivre, non documentées par l'Essence.

Image générée par IA
Le froid me réveille avant le jour, comme les quatre matins précédents. Je reste sur le dos un moment, les deux couvertures ramenées jusqu'au menton, à faire le compte de ce qui me reste de chaleur. Pas grand-chose. La pièce fait trois pas sur quatre, avec une paillasse, une caisse retournée en guise de table et une fenêtre qui ferme mal. On me l'a attribuée le premier soir sans me demander si elle me convenait, ce qui était la bonne façon de faire, puisqu'il n'y en avait pas d'autre. Sur la caisse, le gobelet que j'ai rempli hier soir. J'y pose le doigt et je rencontre une pellicule dure qui cède au deuxième appui. L'épaisseur d'un ongle. À l'intérieur, avec la fenêtre fermée.
Deux coups du bout du doigt sur ma tempe. L'interface s'ouvre dans mon champ de vision, bleutée, et n'éclaire rien de la pièce. Sept heures moins vingt. Le jour ne se lèvera pas avant huit heures et demie, on est en décembre et cette ville est à cinquante degrés nord. Vingt-troisième collecte, cinquième jour. J'ai renseigné le lieu, la date d'entrée et rien d'autre depuis quatre jours, ce qui n'est pas un retard, mais commence à y ressembler. Je referme.
La tunique est pliée au pied de la paillasse. Laine grossière, teinte dans la masse, jaune. Je l'enfile en me tenant assis, les bras dans les manches avant de sortir des couvertures, une technique que je n'avais jamais eu besoin d'apprendre. Mon fil de résonance cherche encore la tunique fédérale qu'ils m'ont prise le premier soir, celle qui règle seule la chaleur sur ma peau et transmet ce qu'elle relève du corps qu'elle habille. Il ne trouve rien et ne trouvera rien. Depuis cinq jours, plus rien de moi ne remonte. Ici, un vêtement dit uniquement où je peux marcher. C’est sa seule fonction. Jaune veut dire les rues, les cours, la trappe à eau, les remises. Jaune ne veut pas dire les six portes bleues que j'ai relevées dans le quartier, et derrière lesquelles se trouvent les gens qui décident quelque chose. Je suis dans cette ville depuis cinq jours et je n'ai pas reparlé à l'un d'eux depuis le premier soir. Ce n'est pas qu'on me surveille. Personne ne me surveille. C'est que la règle n'a besoin de personne pour tenir.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.