Nouvelle #6 du cycle « Le collecteur de savoirs ».
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Cela fait trois fois que je récite ce que je vais leur dire et la deuxième phrase ne tient toujours pas. Elle sonne comme une offre alors qu’elle n’est qu’une question. J’imagine que si ceux d’Usselle attendent une offre, ils l’entendront comme telle. Je tente de la reformuler une fois de plus, dans le noir, assise sur le banc de la remise, les mains autour d’un bol que je ne bois pas. Il n’est pas encore six heures. Dehors, il gèle depuis quatre nuits et le sol de la cour sonne creux sous les pas. Une bête remue dans l’étable derrière moi, se recouche, recommence.
Le cercle s’est tenu il y a six jours, dans la grande pièce du haut, et nous étions onze. C’est l’Essence qui a proposé les noms, à partir de ce que chacun a fait et de qui était disponible. Même si personne n’est vraiment disponible en décembre. Neuf ont accepté, deux ont décliné, ce qui est leur droit, personne n’a commenté. Nous avons parlé quatre heures le premier soir et trois le lendemain. À la fin, la seule chose qui restait à décider était de savoir si quelqu’un devait y aller. Wael a demandé qui était en état de tenir une conversation avec ceux qui venaient d’annoncer qu’au printemps, ils s’approprieraient une partie de nos terres. On s’est tous regardés et personne n’a répondu. Puis quelqu’un a prononcé mon nom. L’Essence l’avait proposé aussi, à cause d’une histoire de bornage entre Grandmont et le versant nord que j’avais réussi à dénouer, il y a douze ans de cela, et qui figure encore à mon registre. Une querelle de fossé. Voilà ce qui me qualifie. J’aurais pu décliner. Je me le rappelle en boucle depuis six jours.
Ce n’était pas le premier cercle. Il y en a eu un en octobre, dans les jours qui ont suivi, et il a fait ce qu’on fait dans ces cas-là. Un différend sur des terres se règle entre les clans que ça concerne, autour d’une table qui les réunit, et c’est l’Essence qui désigne ceux qui doivent s’y asseoir. Nous avons déposé la demande le quatrième jour. Elle est toujours ouverte. De l’autre côté, c’est un formulaire qui ne s’est jamais rempli et personne au cercle n’a su dire ce qu’il fallait en conclure.
La suite de ce chapitre sera disponible dans la version publiée du roman.