Vous n’êtes pas la tempête, vous êtes le ciel qui l’accueille
Damien Maya
Depuis mon plus jeune âge, je suis dans l’action. Toujours faire, toujours optimiser, toujours avancer. Sinon, j’ai l’impression que mon cerveau s’éteint. Que le temps qui passe est du temps gâché. C’est une forme d’anxiété que j’ai longtemps prise pour de l’énergie motrice. Puis j’ai vécu des périodes de solitude. Pas choisies et pas confortables. Et dans ce silence imposé, j’ai appris à m’observer penser. Une sorte de métacognition. Et progressivement, elle a changé la nature de mon regard.
Il y a quelques jours, je suis tombé sur une vidéo Instagram. Un homme prononce un mot grec. Je m’arrête. Je venais de vivre ça sans pouvoir le nommer. Ce mot, c’est métanoïa. Il vient de meta (au-delà) et noos (l’esprit). On le traduit souvent par « repentir », ce qui est à la fois juste et réducteur. Ce que ça désigne vraiment, c’est un retournement de la perception. Un changement de regard sur la vie qu’on a déjà.
Ce retournement, je l’ai vécu en deux temps. D’abord sur moi-même. J’ai pu identifier et m’extraire de pensées de jugement personnel que je portais depuis longtemps sans les voir. Elles étaient là, constantes, tapissant le fond de mes journées. La métacognition m’a permis de les authentifier, de les reconnaître pour ce qu’elles étaient et non plus pour ce qu’elles prétendaient être.
Puis sur les autres. Je perçois maintenant les difficultés des gens à travers leur façon de penser. Plus qu’un jugement, c’est une lecture. Quelqu’un qui souffre d’une situation me montre, dans sa manière de la décrire, l’angle depuis lequel il la regarde. Et parfois, proposer un angle différent, plus resserré sur ce qu’il peut réellement contrôler, suffit à déplacer quelque chose.
Depuis deux semaines, quelque chose de plus inattendu se produit. Des personnes souffrant de douleurs physiques chroniques, sans cause médicale identifiée, sont venues vers moi. En posant les mains sur elles, j’ai eu la vision de leur douleur et de ce qui l’alimentait vraiment. Et à chaque fois, il s’agissait d’une pensée ancrée dans la peur, le doute, ou une émotion non exprimée et donc cristallisée dans le corps.
Je ne suis pas thérapeute, loin de là. Ce que je fais, c’est révéler une lecture possible. La guérison, si elle a lieu, vient de la personne, de sa compréhension de la douleur et de ses causes réelles. Je suis un catalyseur, un raccourci vers quelque chose qu’ils portaient déjà en eux. Je le dis avec toute la prudence que ça demande.
La métanoïa, c’est peut-être ça : le moment où l’on cesse de chercher la cause de sa souffrance à l’extérieur de soi et où on se repositionne pour comprendre que le monde extérieur ne fait souvent que confirmer ce qu’on porte déjà à l’intérieur.
Damien Maya, l’homme derrière la vidéo qui m’a mis ce mot entre les mains, dit quelque chose que je retiens : « vous n’êtes pas la tempête, vous êtes le ciel qui l’accueille ». Je ne saurais pas mieux dire. Et je me demande combien de personnes traversent leur vie entière sans jamais opérer ce retournement. Sans jamais réaliser que ce qu’elles cherchaient à l’horizon était là, immobile, à attendre qu’elles se retournent.
- Damien Maya sur Instagram